Méthode

Poser une question à l'acheteur pendant un appel d'offres : quand, comment, quoi demander

Un DCE incohérent, un critère flou, un bordereau qui ne colle pas au cahier des charges : la plupart des candidats devinent et perdent des points. Poser la bonne question à l'acheteur, au bon moment, coûte dix minutes et peut décider du marché.

8 min de lecture

Le dossier de consultation est rarement parfait. Il a été rédigé vite, souvent à partir d'un modèle, parfois par plusieurs services. Résultat : une quantité au BPU qui ne correspond à rien dans le CCTP, un sous-critère annoncé sans pondération, une visite « conseillée » dont on ne sait pas si elle est obligatoire. Face à ces zones grises, deux attitudes : deviner, ou demander. La seconde est presque toujours gagnante.

Une question bien posée ne vous coûte rien. Une hypothèse fausse peut vous coûter le marché, ou pire, vous le faire gagner à perte.

Ce que dit le code de la commande publique

L'article R2132-6 du code de la commande publique encadre les renseignements complémentaires en procédure formalisée (appel d'offres, procédure avec négociation, dialogue compétitif). L'acheteur les envoie aux opérateurs économiques au plus tard six jours avant la date limite de réception des offres, à condition que la demande ait été faite en temps utile. Si le délai de réception a été réduit pour urgence, ce délai tombe à quatre jours.

En procédure adaptée (MAPA), aucun délai chiffré n'est imposé par le code : c'est le règlement de la consultation qui fixe la date limite des questions, souvent 7 à 10 jours avant la remise des offres. Lisez-le dès le téléchargement du DCE : beaucoup de candidats découvrent la date limite des questions… le lendemain de son expiration.

SituationDélai de réponse de l'acheteurOù le trouver
Procédure formaliséeAu plus tard 6 jours avant la date limite des offresArt. R2132-6 du CCP
Procédure formalisée en urgenceAu plus tard 4 jours avant la date limiteArt. R2132-6 du CCP
MAPAFixé librement par l'acheteurRèglement de la consultation
Le délai de réponse de l'acheteur n'est garanti que si la question est posée « en temps utile » : n'attendez pas la dernière semaine.

Comment poser la question, concrètement

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    Passer par le profil d'acheteur

    Utilisez la messagerie de la plateforme où le DCE est publié (PLACE, Achatpublic, Maximilien, Marchés Sécurisés…). Un e-mail direct à un agent n'a pas de valeur et la réponse ne sera pas opposable.

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    Retirer le DCE en étant identifié

    Si vous avez téléchargé le dossier anonymement, vous ne recevrez ni les réponses aux questions, ni les modifications du DCE. Identifiez-vous systématiquement.

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    Une question = un sujet

    Numérotez vos questions et citez la référence exacte : document, article, page, ligne du bordereau. L'acheteur répond plus vite et plus précisément.

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    Proposer une interprétation

    Plutôt que « que faut-il faire ? », écrivez « nous comprenons que… ; pouvez-vous confirmer ? ». La réponse sera un oui ou un non exploitable.

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    Archiver la réponse

    Les réponses font partie des documents de la consultation. Gardez-les dans le dossier et appliquez-les dans le mémoire comme dans le cadre de prix.

Quand faut-il poser une question ?

Toutes les ambiguïtés ne méritent pas une question. Réservez-les aux points qui changent votre prix, votre conformité ou votre note. Voici les cas où ne pas demander est une erreur.

  • Incohérence entre pièces : une prestation décrite au CCTP absente du BPU ou de la DPGF, une quantité du DQE qui contredit le descriptif, deux durées de marché différentes entre l'acte d'engagement et le CCAP.
  • Critère ou sous-critère flou : des sous-critères listés sans pondération, une note de « méthodologie » sans indication de ce qui sera évalué. Voir notre guide des critères d'attribution.
  • Visite de site : est-elle obligatoire ou facultative ? Quelles dates ? Une attestation est-elle délivrée ? Une visite obligatoire manquée rend l'offre irrégulière.
  • Format de la réponse : nombre de pages maximum du mémoire, cadre de réponse imposé ou libre, annexes autorisées, police et taille minimales.
  • Pièces de candidature : un certificat exigé sans mention « ou équivalent », un chiffre d'affaires minimum qui semble disproportionné, une assurance au montant inhabituel.
  • Variantes et options : les variantes sont-elles autorisées ? Les prestations supplémentaires éventuelles (PSE) doivent-elles toutes être chiffrées ?
  • Données d'entrée manquantes : surfaces à nettoyer, nombre d'utilisateurs, volumétrie historique, horaires d'intervention. Sans elles, votre prix est une loterie.

Modèles de questions bien formulées

Une bonne question cite la pièce, expose le constat, propose une interprétation et demande une confirmation. Copiez la structure, adaptez le contenu.

SujetQuestion type
Incohérence BPU / CCTP« L'article 4.3 du CCTP prévoit un nettoyage des vitreries deux fois par an, mais aucune ligne du BPU ne correspond à cette prestation. Pouvez-vous confirmer si elle doit être intégrée au prix forfaitaire mensuel (ligne 1) ou faire l'objet d'un prix unitaire distinct ? »
Sous-critères« Le règlement de la consultation indique que la valeur technique (60 %) sera appréciée au regard de la méthodologie, des moyens humains et de la démarche environnementale. Pouvez-vous préciser la pondération de chacun de ces sous-critères ? »
Visite« L'article 6 du RC mentionne une visite des locaux. Pouvez-vous confirmer si cette visite est obligatoire sous peine d'irrégularité de l'offre, et indiquer les créneaux proposés ? »
Format« Le mémoire technique est limité à 20 pages. Pouvez-vous confirmer si les CV des intervenants et le planning peuvent être fournis en annexe, hors de cette limite ? »
Données d'entrée« Afin d'établir une offre fiable, pouvez-vous communiquer le nombre de tickets d'assistance traités sur les douze derniers mois, ou à défaut un ordre de grandeur ? »
Équivalence« L'article 3.2 du RC exige la certification X. Pouvez-vous confirmer qu'une certification équivalente, ou tout moyen de preuve équivalent, sera accepté ? »
Une question fermée appelle une réponse exploitable ; une question ouverte appelle une réponse évasive.

Ce qu'il ne faut pas demander

  • Le budget : l'acheteur ne le donnera presque jamais. Cherchez plutôt les montants des marchés précédents dans les données essentielles ou les avis d'attribution.
  • L'identité du titulaire sortant ou des concurrents : hors sujet pour la consultation, et la réponse sera publiée à tous.
  • Une validation de votre solution : « Notre solution X convient-elle ? » révèle votre offre et l'acheteur ne peut pas pré-noter. Demandez plutôt l'exigence minimale attendue.
  • Ce qui est déjà écrit : une question dont la réponse figure dans le DCE vous fait passer pour un candidat qui n'a pas lu le dossier.
  • Une négociation déguisée : hors procédure avec négociation, vous ne pouvez pas proposer de modifier les conditions du marché par une question.

Lire les questions des autres : une source d'information sous-estimée

Les réponses publiées ne servent pas qu'à vous. Les questions posées par les autres candidats révèlent qui s'intéresse au marché et ce qui les inquiète. Une question très technique sur la reprise du personnel suggère un concurrent qui connaît bien le site. Une série de questions sur la volumétrie indique que le prix sera serré. Relisez l'ensemble des questions-réponses avant de finaliser votre prix et votre mémoire technique.

Elles alimentent aussi votre décision : si les réponses de l'acheteur confirment une exigence que vous ne pouvez pas tenir, mieux vaut revoir votre GO / NO-GO maintenant que découvrir le problème à l'analyse des offres.

La check-list avant d'envoyer une question

  • La réponse n'est-elle pas déjà dans le RC, le CCAP, le CCTP ou les réponses publiées ?
  • La question cite-t-elle la pièce, l'article et la page concernés ?
  • Est-elle fermée, avec une interprétation proposée ?
  • Ne révèle-t-elle ni votre solution, ni votre prix, ni vos partenaires ?
  • Est-elle envoyée assez tôt pour que l'acheteur puisse répondre dans les délais ?

Après la réponse : modifications du DCE et report de date

Une question peut révéler une vraie erreur du dossier. L'acheteur publie alors un DCE modifié, parfois avec un report de la date limite. Si les renseignements complémentaires ne peuvent pas être fournis dans les délais, ou si les documents sont modifiés de façon importante, l'acheteur doit prolonger le délai de réception des offres pour que chacun puisse en tenir compte.

Vérifiez systématiquement, dans les derniers jours, que vous travaillez sur la dernière version des pièces. Une offre construite sur un BPU périmé est une offre irrégulière. C'est l'un des points contrôlés par la revue de conformité de Kodalyn avant chaque dépôt.

Kodalyn lit le DCE dès son arrivée, repère les incohérences entre pièces et les données manquantes, et vous propose les questions à poser avant la date limite, formulées selon les règles ci-dessus. Vous validez, vous envoyez, et la réponse est réintégrée dans le dossier.

Kodalyn

Répondez à cet appel d'offres avec un dossier déjà contrôlé.

Kodalyn prépare. Votre équipe décide.

Questions fréquentes

Jusqu'à quand peut-on poser une question à l'acheteur ?+

Jusqu'à la date limite fixée par le règlement de la consultation. En procédure formalisée, l'acheteur doit répondre au plus tard 6 jours avant la date limite des offres (4 jours en urgence), à condition que la question ait été posée en temps utile. En MAPA, la date est fixée librement par l'acheteur.

Les autres candidats voient-ils ma question ?+

Oui, dans la plupart des cas. Pour respecter l'égalité de traitement, la question et sa réponse sont communiquées à tous les candidats qui ont retiré le dossier, généralement sans indiquer qui l'a posée. Évitez donc de révéler votre solution ou votre prix.

Peut-on poser une question par téléphone ou par e-mail direct ?+

Il faut passer par la messagerie du profil d'acheteur indiquée dans le règlement de la consultation. Une réponse orale ou donnée en dehors de la plateforme n'engage pas l'acheteur et ne peut pas être opposée en cas de litige.

L'acheteur est-il obligé de répondre ?+

Il doit fournir les renseignements complémentaires demandés en temps utile, dans les délais prévus. Il peut en revanche refuser de répondre à une question hors sujet, ou dont la réponse figure déjà dans le dossier de consultation.

Que faire si la réponse modifie le DCE ?+

Téléchargez la nouvelle version des pièces et reprenez votre offre sur cette base. Si la modification est importante, l'acheteur doit prolonger le délai de remise des offres. Une offre fondée sur une version périmée du DCE risque d'être déclarée irrégulière.